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 "Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"

Albert Londres 


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Aujourd’hui, les candidats à l’immigration clandestine sont prêts à tout pour risquer leur vie, en se lançant dans d’improbables traversées, dissimulés dans les doubles fonds decontainers, dans des châssis de camions ou entassés dans des rafiots pourris ou des barques minuscules.

Le passage est payé très cher à des réseaux de type souvent mafieux, et, bien 
entendu sans aucune garantie de réussite.


Un avenir meilleur

Face à ce problème, les pays cibles, en gros les
Etats-Unis face à l’immigration mexicaine, cubaine et d’Amérique Latine et l’Europe pour les pays d’Afrique, multiplient la surveillance de leurs frontières et les contrôles douaniers. Mais plus ceux-ci sont renforcées, plus il est difficile et risqué pour les clandestins de les franchir et, bien sûr, cela se traduit par plus de morts et de souffrances parmi ceux qui cherchent désespérément un avenir meilleur.

Les immigrés clandestins qui réussissent dans leur entreprise ne sont pas pour autant sortis
d’affaire. Ils sont souvent arrêtés et renvoyés dans leur pays, quand ils ne finissent pas dans des centres de rétention. Et pourtant, il est fort peu probable que ce soient eux qui garnissent les rangs de la délinquance, tout occupés qu’ils sont à se fondre dans le paysage, et, pour eux, enfreindre les lois sur l’immigration constitue souvent leur seul délit.

Fuir cette misère

Un jour de printemps, à Lampedusa, j’ai vu embarquer plusieurs de ces malheureux,
tous jeunes, hommes et femmes confondus, leur serviette « Croix Rouge » autour du cou, précédés et suivis d’escouades de policiers, au demeurant plutôt débonnaires et qui avaient l’air plus ennuyés qu’autre chose. Nous les voyions monter dans le ferry, et, vers le pont supérieur où nous nous trouvions, ils envoyaient des grands saluts, adressaient de larges sourires et, se servant des seuls mots qu’ils devaient connaître : ceux qui nous demandaient « Comment ça va ? ».

Il faut être bien conscient d’une chose, de le reconnaître et de le dire : vouloir empêcher
l’immigration clandestine est non seulement impossible, même en mettant en place un inconcevable et très onéreux système militaro-policier, mais c’est aussi prendre le problème à l’envers. Lorsque les enfants d’une contrée, d’un pays, en sont réduits à manger des galettes de terre (je dis bien : galette de terre !), on peut rédiger toutes les chartres, écrire toutes les déclarations et pondre toutes les lois que l’on veut, on ne pourra empêcher les gens de tout faire pour fuir cette misère. Pourtant, une autre solution est possible !

Ces pays démunis

On peut lire dans la revue « Jeunes du Maroc » du 8 décembre 2005, proposée par
Salah CHAKOR, écrivain et consultant en tourisme : « La résolution de ce problème est tributaire de la création des postes de travail par le biais des investissements. Les pays, dits industrialisés, ceux qui détiennent les économies et les finances de cette terre, sont tous conscients de la gravité du phénomène pour le devenir du globe dont la population mondiale, surtout des pays sous développés, ne fait que s’accroître d’année en année.

Ces puissances qui absorbent, en fait toutes, les ressources, toutes les énergies et mêmes
toutes les compétences de ces pays démunis, sont à l’origine de ces problèmes sociaux, car ils ont longtemps colonisés [….] C’est très simple, si les occidentaux veulent la paix pour leur pays et le bien pour ceux du Sud, il est important de penser à créer de l’emploi chez eux, en investissant dans l’industrie, le textile, l’agriculture, la pêche, l’élevage…..dans le tourisme… »

Quelles réponses nos institutions apportent-elles ?

En France, par exemple, la proposition des sénateurs François-Noël BUFFET et Georges OTHILY, du mardi 18 avril 2006, qualifie l’immigration clandestine de « réalité inacceptable à
laquelle il convient d’apporter une réponse ferme, juste et humaine. Suscitée par la misère, entretenue par une exploitation sans scrupules ni merci, l’immigration illégale qu’elle soit, selon les cas, à proprement parler clandestine ou doit plutôt être qualifiée d’irrégulière pose en effet des problèmes trop graves pour que l’on puisse espérer les analyser et les résoudre sans faire appel à toutes les ressources de la raison ».

Et du
couplet de proposer une série de mesures axées sur deux volets principaux : Le premier volet de l’action à mener est, d’après les auteurs, le plus « complexe : « c’est celui de la prévention de l’immigration irrégulière, c’est-à-dire sur la réduction des flux, grâce à des contrôles aux frontières assurés par une véritable « police de l’immigration » pouvant lutter à armes égales avec les filières d’immigration illégale (mais aussi, hélas, contre les immigrants eux-mêmes).

Les travailleurs clandestins font partie du système

Le second volet est celui de la politique de lutte contre l’immigration séjournant irrégulièrement sur le territoire : lutte contre la transformation de l’entrée irrégulière
en séjour régulier, action dirigée contre les pourvoyeurs des moyens - travail illégal, de nature et de portée très diverses, parfois contradictoires (régularisation, aides au retour et éloignement).

Force nous est de convenir que, face à ces déclarations sur les chaînes
télévisées, s’est mise en place une réalité qui n’a plus grand chose à voir avec une législation ou une politique d’aide quelconque : les informations récoltées sur les chaines télévisées, dans la presse écrite ou sur les sites Internet ne font que confirmer toute une série de faits. Et l’on constate ainsi que les réseaux de passeurs fonctionnent à plein rendement, que le « ramassage » sur les lieux d’attente du travail est parfaitement organisé et que, finalement, les travailleurs clandestins font partie du système.

Il est peu de
secteurs qui ne fassent appel à eux et on les trouve dans l’agriculture, le bâtiment, la restauration, les services à la personne, la confection et d’autres activités encore.

Les employeurs indélicats 

Le
pouvoir politique refuse les clandestins mais le pouvoir économique, lui, s’en accommode et même les réclames ; en Espagne, par exemple, nombre d’entre eux sont employés dans les serres, créées grâce à des subventions européennes, attribuées justement pour aider à résorber le chômage !

Et même si, actuellement dans toute l’Europe, la « chasse » aux sans-papiers semble ouverte,
il apparaît, en Allemagne par exemple, que pour un immigré renvoyé, huit autres débarquent.

L’économie souterraine contribue à la prospérité européenne et même les institutions
publiques y ont parfois recours. Peu ou très peu de poursuites sont diligentées contre les employeurs indélicats. L’un des principaux prétextes évoqués par ceux-ci serait que personne ne veut prendre le travail qu’accomplissent les clandestins dans nos sociétés (petits boulots : mal payés, difficiles, pénibles, aléatoires, etc.), pas même les chômeurs « nationaux », généralement considérés comme « qualifiés », ce qui permet à Franco FRATTINI, Vice-président de l’Union Européenne d’en conclure : « Nous ne pouvons pas contraindre lesgens à travailler ».

On pourrait lui rétorquer : « Pourquoi alors empêcher ceux qui veulent le faire de le faire? ».

Tout se passe comme si les politiques voulaient donner l’impression de maîtriser le
problème, mais le peuvent-ils et surtout, le veulent-ils ?

Essentiels à l’économie

Les travailleurs sans-papiers
sont essentiels à l’économie et au marché du travail : les gouvernements le savent mais ne le disent pas. L’économie de l’immigration dans les pays « d’accueil » dégagerait même des sommes supérieures aux aides financières accordées par les pays riches aux pays défavorisés. Les murs de la forteresse Europe deviennent plus difficiles à franchir, mais pour empêcher toute immigration, il faudrait supprimer les visas aux « touristes, familles et étudiants ». Ce qui est indispensable, sauf au prix d’une régression morale peu compatible avec ce que l’on dit des Droits de l’homme.

Il y a hélas loin de la coupe aux lèvres !

De la coupe des bons sentiments aux lèvres des
nations riches ; de la coupe des richesses aux lèvres des immigrés sans papiers.


Jean Louis Bastouille 


2009 © Le Chroniqueur

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