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 "Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"

Albert Londres 


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Photo: Reuters En septembre 2008, c’est médusés que nous avons assisté à l’écroulement du système bancaire et financier.

Aujourd’hui, après les faillites des grandes banques comme Lehman Brothers et les scandales à la Madoff, nous entrons dans une ère de crise économique mondiale dont personne, encore moins un expert financier qu’un autre, n’est capable d’annoncer les dégâts futurs. Déjà à l’horizon de ce début d’année 2009 on peut, en dressant un petit bilan de la fin 2008, s’inquiéter sérieusement sur notre avenir.

Le train de la récession

Depuis le 15 septembre 2008, jour ou Lehman Brothers a connu la banqueroute, tous les analystes et les « experts » ne savent plus ou donner de la tête tant les catastrophes se sont accumulées. Alors qu’ils se posaient encore la question « déterminante » de l’effet des subprimes sur la crise économique future, c’est désarçonnés que les Shadocks capitalistes virent passer le train de la récession.

Alors, bien sûr, ils se rassurèrent l’un et l’autre mais durant ce temps, l’effet domino aidant, toutes les grandes entreprises de la planète décidaient de vastes plans sociaux tandis que d’autres, plus petites, mettaient purement et simplement la clef sous la porte.

La pire des désinflations

Toujours à réfléchir, nos bons Shadocks décidèrent donc de se réunir pour se concerter. Malheureusement, plutôt que de parler d’une seule et même voix, ils devisaient tous en même temps dans la pire des cacophonies. C’est dans ce même temps que les banquiers, affolés, refusèrent de prêter des fonds. Le gel des crédits frappa à la porte des entreprises et des particuliers causant l’asphyxie d’une économie déjà morose.

C’est alors que les Shadocks, principalement touchés, réagirent en ne décidant rien de moins que de sauver l’économie à coup de millions et de milliards. Toutefois, malgré leurs efforts, il était déjà trop tard et la crise financière avait déjà muté en crise économique majeure. Aussitôt, leurs efforts anéantis, ils virent les marchés boursiers chuter et le prix du baril de pétrole se diviser par trois.

Les matières premières leur emboitant le pas dans cette folle spirale entrainaient avec elles la chute de l’immobilier. L’inflationnisme galopant de ces dernières années laissait la place à la pire des désinflations. La déflation approchant, le mot récession fut lâché et la maladie se transforma en une pandémie que nulle thérapie à ce jour ne paraît endiguer.

Alors, la crise en 2009 va-t-elle frapper fort ?

Malgré un rebond de la croissance de 0,1% au troisième trimestre 2008, la France, à l’instar de ses voisins européens, n’est pas encore entrée en récession. On devrait se sentir soulagé, mais pourtant nous ne le sommes pas ! En effet, cette « embellie » nous laisse un sursis de très courte durée. La chute est pour le dernier trimestre de 2008. Le ralentissement économique aidant, notre pays va très certainement basculer dans cette récession tant redoutée.

Quid de nos atermoiements ? Le pouvoir d'achat est désormais au deuxième rang de nos préoccupations. Le chômage désormais effraie plus que le porte-monnaie et les annonces de suppressions d'emplois massives et de fermetures d'usines ne sont pas opportunes pour venir nous rassurer. Et quand les prédictions de Madame Irma font grises mines, elles présagent de sérieuses difficultés qu’il nous reste à affronter.

La production industrielle plonge, entraînée dans sa chute par l'automobile ; Les fermetures d'usines, les plans sociaux, les vagues de suppressions de postes et de chômage partiel : c’est tout le tissu industriel qui est touché de plein fouet et la liste s’allonge de jour en jour.

Plus fourmis que cigales

Le baromètre du chômage ne nous rassure pas non plus. Pour l’INSEE, l'économie française a détruit plus d'emplois qu'elle n'en a créés pendant deux trimestres consécutifs. Elle perd donc globalement 97.700 postes au second semestre 2008, et  annonce le chiffre de 169.000 postes supprimés au premier semestre 2009.

L’avenir qui se dessine devant nous n’est pas un modèle de confiance et les Français déjà touchés vont devenir plus fourmis que cigales. Alors la crise, la faute à qui ? Au libéralisme économique ? Aux banquiers et spéculateurs de tous bords ?

Pour de nombreux observateurs, ce sont les états eux-mêmes qui ont failli dans leur tâche de régulateur des marchés financiers. Sacré retournement de situation : c’est l’arroseur arrosé ! Notons au passage qu’il y a encore trois ou quatre mois, il existait toute une galaxie d’experts économiques, prévisionnistes de la finance et des marchés et là, plus rien : plus de son et plus d’image ! Ils se taisent. Arrêtons donc de prendre les Français pours des demeurés : la crise éthique n’existe pas !

L’horizon du roman de Steinbeck

En effet, la régulation politique, c'est à dire la supériorité hiérarchique de l'Etat sur l'économie, est absolument indispensable à la santé économique. Or, la mondialisation financière et économique, et dans une certaine mesure le marché commun européen, consistent justement à mettre l'économie hors de portée du politique, qui ne peut suivre : il est lié aux peuples, c'est à dire aux nations. Il n'est pas hors-sol !

Ce n'est pas le capitalisme que cette crise remet en cause, c'est le mondialisme lui même.

Devant nous se profile l’horizon du roman de Steinbeck : « c’est l’homme qui foule aux pieds la vendange qui contient les raisins de la colère ».

François Togis

Janvier 2009 © Le Chroniqueur
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