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"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
Que
penser du livre de Pierre Péan sur Monsieur K ?
Un livre à coup sûr qui fait beaucoup de bruit. Mais doit-on apprécier l’efficacité d’un livre au bruit
qu’il peut faire ?
On peut penser tout d’abord que c’est un livre et qu’il a le droit à ce seul titre d’exister. Il participe
à sa manière à la transparence qui transperce aujourd’hui plus sûrement qu’un glaive, mais on a le droit
aussi de se demander quel est le sens caché de cette entreprise éditoriale ?
Succombé à un conflit d’intérêt
Pierre Péan est un homme sérieux, timide, il écrit un livre de morale publique, de père la pudeur laïque.
Kouchner aurait touché des honoraires en tant que consultant, il aurait été partie prenante en faveur des
Tutsis et du président Kagame, il aurait succombé à un conflit d’intérêt lié à la nomination de son épouse,
Christine Okrent, à la tête de l’audiovisuel extérieur, et il aurait même essayé de se faire nommer
professeur associé à la faculté de médecine.
Rien d’illégal dans tout cela mais que de l’immoral !
On semble découvrir, aujourd’hui, que l’humanitaire a été pour beaucoup un moyen de faire carrière…
Kouchner n’est pas le seul à avoir porté à dos de médias des sacs de riz… l’enfer des réussites (laquelle y
échappe) est pavé de bonnes impressions.
Je crains que nos humanitaires, qui aiment autant pour certains l’humanité que les palais de l’Etat et
ses prébendes, soient pris dans un piège : ils veulent se comporter en curés, mais ils n’ont
fait vœu ni de célibat, ni de pauvreté, ni de rendre à César ce qui lui revient et à Dieu,ici l’humanitaire, ce qui lui revient, et parfois le ciel et la terre se confondent dans un fracas.
De l’ordre de la dénonciation
L’abbé K. n’est pas l’abbé Pierre, et même lui, en son temps, en avait aussi pris pour sa barbe. Derrière
le livre, il y a, et c’est peut-être même à l’insu de l’auteur, la haine montante que la société nourrit
contre ses représentants de tous bords ; une haine médiatique, terrible, sans appel, qui fait peur, car
elle annonce le passage vers d’autres haines, plus violentes encore !
Qu’on le veuille ou non, il y a quelque chose dans ces entreprises qui est de l’ordre de la dénonciation.
Derrière les mots, se dissimule l’envie d’hommes et de femmes malheureux de régler des comptes et ils
s’abreuvent, pour l’instant, du sang des réputations, la dernière marchandise qui ne connaît pas la
crise.
Un mécanisme de bombe à retardement
On oubliera cet ouvrage comme on en a oublié bien d’autres. Il reste que la discussion autour du livre est
plus impressionnante que le livre lui-même. Il est étonnant de constater qu’un ouvrage existe beaucoup
plus, non pas par sa réalité, mais par l’expression de cette dernière telle que les médias réussissent
à l’architecturer.
Le livre est prudent, calibré pour affronter sérieusement les tribunaux.
On sent qu’il contient à l’intérieur un mécanisme de bombe à retardement.
Ce livre dit peut-être des vérités, mais quelle est la vérité de ce livre concernant notre époque ?
Gilbert Collard
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