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"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
Comme
toutes les villes de France et d’ailleurs, Vichy, elle aussi, bruit de son concert de rumeurs.
Un certain malaise alimente toujours le flot fatiguant de ces rumeurs ; malaise d’abord de ceux qui les véhiculent.
On aura tout entendu : Brice Hortefeux, candidat a Vichy ; Malhuret, ambassadeur je ne sais d’où, ministre de je ne sais quoi ; Gérard Charasse malade ou habitué des comptoirs où il lève le coude fraternel ; rumeur initiée par le sobre maire de Vichy, qui ne boit que |’eau de Vichy-Plage, quand il accusa son adversaire de ne faire campagne que dans les bistrots ;
Gilbert Collard devait quitter Vichy le lendemain des élections, vendre sa maison et s’enfuir ; rumeur, la
encore, propagée par le Maire lors des voeux 2008 ; rumeurs démenties par la réalité mais qui ont la vie
dure.
La mafia marseillaise aurait envahie les rues sombres de la ville éteinte. Rumeur la encore annoncée par le
Maire Claude de Chicago-sur-Allier. Monsieur Maquin installerait une grande surface à Charmeil, dépeuplant
Vichy de plusieurs commerces : un lunetier Kris, le salon de coiffure Chevalier et Gifi, ainsi qu’un cuisiniste. Le Casino Partouche des Quatre Chemins se ferait la malle.
Le nouveau curé serait Jaloux de son confrère sénégalais : le Père Diouf,qui attirerait plus de monde que
lui aux offices ! Il aurait même refusé de communiquer le numéro de téléphone de son vicaire. La guerre serait déclaré entre Aguillera le peu aguerri et Maquin le matois. Pommerai réverait de prendre la place de l’ancien, à son goût trop usé ! Il se verrait en chef tatillon d’une
opposition inopposable. Un satyre aurait occupé la direction d’une maison de retraite...
Les lettres anonymes pleuvent !
Les comptes de campagne de Claude l’irréprochab|e devaient être invalidés... Hélas non, même s’il a un peu
tardé, étrangement, à faire connaître les résultats... Que de rumeurs dans un gobelet d’eau thermale !
La rumeur, si l’on se reporte à |’étymologie, qui révèle l’inconscient des mots, signifie : retentir, gronder, grand bruit. Elle est le plus vieux média du monde. Aujourd’hui, par le truchement
d’Internet, des récits par SMS, elle prolifère à la vitesse des touches que l’on actionne. Dans notre
société, elle prospère. Pourquoi ?
Déjà le psychanalyste génial Grodeck avait compris les ressorts de son fonctionnement : l’hypocrisie,la jalousie, et le besoin incoercible de dire du mal pour se valoriser à ses propres
yeux.
L’être humain ne peut pas s’empécher de dévaloriser son prochain.
Les colporteurs de rumeurs sont catalogués par les spécialistes comme des étres sans dimension sociale, des enfermés dans le placard, qui ont peur de l’autre qui s’excite tout seul dans l’émotion
de la divulgation. Par la diffusion des ragots, ils entrent dans une espèce de cercle social invisible,
mais bien réelle. lls rejoignent une confrérie sociale du bourdonnement salace. Les universitaires disent
que la rumeur socialise un groupe...
Elle permet aussi de défendre des idées indéfendables sous une forme déguisée, idées racistes, idées sexistes, idées que le corps social rejetterait si elles étaient présentées à l’état brut. Le plus sinistre exemple est celui de la rumeur
d’Orléans.
La rumeur remplit aussi une très vieille fonction : l’évacuation par les égouts les mots de la méchanceté, tout bêtement, tout haineusement. Quelquefois, l’inventeur d’une rumeur poursuit un but
intéressé, politique, financier, commercial ; c’est tellement vrai que des agences existent, spécialisées
dans la divulgation des rumeurs ou dans le lancement de fausses rumeurs.
Belle époque qui déquillent les adversaires au poignard médiatique !
Mais la caisse de résonance ce sont toujours les peaux tendues, aigries, rabougries, qui se délectent de mâchonner du mal. On en connaît tous. On m’a dit, on m’a affirmé, on m’assure. "ON",
l’anonyme, le masqué, le faux cul. Je connaissais un type, aujourd’hui coiffé d’un entonnoir en forme de
porte—voix, qui passait son temps à téléphoner à mes amis pour essayer de me fâcher avec eux. Il racontait
toutes sortes d’histoires insensées, les uns l’ont cru, d’autres ont rigolé. Jusqu’au jour où il s’est mis
a dire du mal de ceux qui l’avait cru. Juste retour des choses.
L’amateur de rumeurs est un intoxiqué, un monomaniaque des mots, il a besoin de colporter des ragots pour se sentir moins minable. C’est la merdothéraphie ! ll colporte donc sur tout le monde et ne fait fi d’aucune information.
Comment le soigner ?
D’abord éviter de donner prise méme sans le vouloir à la rumeur. Aucune rumeur n’aurait pu courir sur la vie privée du Général de Gaulle. Ensuite ne pas chercher à la faire taire en la démentant,
on ne ferait que l’ampIifier. Essayer de la détecter le plus tôt possible. Lancer une contre-rumeur.
Surtout refuser de prendre le message au sérieux. Le discréditer par l’ironie. Et ne pas hésiter, si l’auteur de la rumeur est connu, à le dénoncer comme tel, avec ce qui doit étre dit de vrai
!
S’il est commerçant et que sa femme a fait faillite, par exemple, le dire, s’il dégringole lui—méme de boutiques fermées en boutiques refermées, le dire, s’il est dépressif, le dire ! Et s’il le faut, aller en justice.
ll n’y a aucune raison de ne pas emmerder les emmerdeurs !
Sachez, quand méme, qu’un article de presse sur quarante se sert de la rumeur... Kundera a du affronter
récemment une terrible rumeur, celle d’avoir travaillé pour la police communiste. Il s’en est tiré, non
sans mal, mais il s’en est tiré. ll existe un site, hoax-buster.com, qui répertorie toutes les rumeurs. Allez voir, c’est effrayant.
Et surtout taisez vous.
Jean Marie Enrouet
Mars 2009 © Le Chroniqueur
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