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"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
Des sandales, une montre de gousset, des lunettes cerclées… Objets hétéroclites, avez-vous donc une âme ? Et surtout un prix ?
Ces reliques, ridicules en elles-mêmes, mais rayonnantes une fois rattachées à leur propriétaire, le Mahatma Gandhi, ont été mises aux enchères à New York.Et voilà que la descendante de ce saint, appartenant à l’église de l’humanité, vend les reliques pour des gros sous, enfin… des
dollars.
Voir les sandales de la marche du sel, la montre qui sonna l’heure de l’indépendance et les lunettes qui virent tant de choses, et surtout la mort en face, vendues aux enchères provoque une
légitime indignation et renvoie à l’idée toute simple que tout se vend, que tout s’achète, comme le prophétisait Roland Dorgelès.
Son dernier mot fut Abba !
Tout se vend parce qu’il y a un vendeur, ici Gita Mehta, petite-fille de l’apôtre du dénuement ; c’est entre les bras de sa mère que Gandhi mourut en 1948, sous les balles d’un fanatique hindou,
après avoir regardé sa montre et dit qu’il ne voulait pas être en retard pour la prière. Son dernier mot fut Abba ! (« Père ! »).
L’âme des choses
Comme quoi, quand ça finit en mystique ça continue en économique… La vendeuse, on l’a trouvée ; elle vend l’âme des choses, l’immatérielle matérialité du grand homme. Son cousin Tashar Gandhi a
qualifié cette vente d’insulte. Il a raison. Mais qui va acheter ?
Encore un qui a du fric à ne savoir qu’en faire, et qui croira peut-être voir le monde à travers les vieilles lunettes du vieux fou qui a fait reculer l’Empire britannique en jeûnant, en
pratiquant la non-violence et en priant.
Dans un musée
Ces objets qui, au-delà de l’invisible, à leur manière, contribuent à reconstruire dans la mémoire la silhouette vivante du Mahatma n’ont leur place que dans un musée.
En tout cas, l’indignation provoquée par cette vente aux enchères répond à la question :
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » – Oui !
Gilbert Collard
Edition France Soir du samedi 7 mars 2009 page 8
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