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"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
En ces temps de morosité économique, des millions de personnes à travers la planète subissent les affres de la crise.
Que ce soit aux Etats-Unis ou en France, inquiétudes et incertitudes viennent renforcer une réalité plus difficile chaque jour.
On pourrait s’en arrêter là et annoncer à grand renfort social, les liquidations judiciaires, les fermetures d’entreprises, la suppression de millions d’emploi qui pend au nez et à la barbe du
voisin, le renflouement des banques par les états et tant d’autres concrétisations d’un maussade vécu par trop bien réel !
Et pourtant, dans ce tableau catastrophique qui malmène la Nation de Caribe en Scylla, existe le risque, bien plus grand encore, que la vigilance de l’opinion anxiogène se détourne des
préoccupations en matière des Droits de l’homme.
Posons-nous la bonne question !
Si la situation actuelle est à juste titre comminatoire, l’anastrophe des solutions que représente la priorité accordée à l’économique sur le développement du bien-être global de l’individu au
sein de notre société ne l’est elle pas tout autant ? De manière plus simple, la préséance économique n’étrangle t’elle pas doucement les droits humains ?
Ce changement résulte d’une myopie caractérisée de nos politiques. D’ailleurs, aucune tendance n’est épargnée, comme l’ont si bien illustré les candidats au poste de secrétaire général du Parti
socialiste, qui pourtant se pose comme le chantre et champion du progrès social.
D’autres plus bruyants, activistes de la première et de la dernière heure, scandent slogans anticapitalistes sur le sujet, tandis que d’autres plus sarcastiques que politiciens, dans des discours
d’illusionnistes nous parlent des Droits de l’homme comme rêves et chimères préférant, sans doute, revenir aux réalités boursières et économiques.
Ne nous voilons pas la face !
Dans sa forme actuelle, toute discussion sérieuse en France sur ce problème prête à confusion et est devenue impossible. Cette amnésie généralisée porte en elle le germe d’une catastrophe
annoncée. La France, patrie des Droits de l’homme, comme la Belle au bois dormant, s’est endormie en oubliant que la politique est fondée sur ces mêmes droits. J’entends déjà les rires de
certains ou les interrogations et sourires dubitatifs des autres.
La question : les Droits de l’homme et la politique : sujets communs
?
Pour répondre à cette question remontons le temps à la recherche des Droits de l’homme perdus. Au-delà des événements historiques qui les ont vus naitre, l’existence des Droits de l’homme repose
sur la reconnaissance de la dignité humaine !
Pour les esprits les plus obtus, une petite piqure de rappel s’impose.
Les Droits de l’homme n’imposent pas de religion ou de système social. Ils reconnaissent un pouvoir à l’homme, à commencer par celui de choisir son mode de vie, et une certaine lucidité du
pouvoir.
Respecter les Droits de l’homme permet à cette dignité de s’actualiser et à l’individu de se développer, et ce quelles que soient ses croyances, sa religion ou la société à laquelle il
appartient. En démocratie, le respect des Droits de l’homme permet aussi de protéger le cœur de l’individu de la tyrannie de la majorité.
Coulés dans le bronze
De manière plus tangible, pour ceux qui n’auraient pas encore saisi le sens de mon propos, les Droits de l’homme, qu’ils soient civils, politiques, économiques, sociaux ou culturels, sont
inscrits dans des textes dont la valeur juridique est réelle. Ces textes ont été adoptés par le peuple ou ses représentants élus, mais sont trop souvent ignorés, y compris par nos tribunaux.
Cependant, du point de vue du droit constitutionnel, ils possèdent une valeur supérieure à celles des simples lois.
Sur ces fondements, coulés dans le bronze, d’un point de vue politique il devient douloureusement compréhensible que la question des Droits de l’homme se limite aujourd’hui au seul fait de savoir
si le Président doit, ou non, parler de Droits de l’homme au Dalaï-lama pour ne pas froisser les relations économiques avec le grand frère chinois ou bien encore, fonder une politique de
limitation de l’immigration sur le dos des libertés fondamentales.
Arrivés à ce point de non retour, on peut vraiment se demander si les Droits de l’homme existent ?
Cependant qu’ils pourraient créer un nouvel espace de discussion politique, ils sont foulés au pied. Pris au piège entre la passivité des technocrates et l’exhortation symbolique des politiques,
les Droits de l’homme se meurent alors qu’ils constituent un nouvel essor pour une démocratie nouvelle.
En effet, une démocratie ne peut fonctionner que si les Droits de l’homme sont respectés : liberté d’expression, indépendance du pouvoir judiciaire, mais aussi certains droits sociaux qui
permettent la mise en place d’une politique de redistribution des richesses et tant d’autres encore que la liste serait trop longue.
Aujourd’hui, la France ne sait plus promouvoir les Droits de l’homme et préfère une diplomatie partisane, s’attaquant à des sujets considérés comme bien plus importants que les libertés
fondamentales : crises politiques, concurrence économique, lutte contre le terrorisme…
Méprisés par les gouvernements
Certains diront encore que la situation des Droits de l’homme en France, si elle n’est évidemment pas comparable à la situation en Chine ou au Soudan, est perfectible ! Cela est particulièrement
vrai en particulier si notre pays, à défaut de jouer le rôle du donneur de leçon, souhaite se présenter en exemple.
Le Gouvernement actuel, comme de nombreux gouvernements précédents, n’intègre pas le respect des droits fondamentaux dans ses politiques.
L’absence, contrairement à d’autres pays, d’une commission ou d’une sous-commission des Droits de l’homme dans les assemblées illustre ce manque d’intérêt de nos hommes politiques.
Les Droits de l’homme, outre le fait que leur respect est sanctionné juridiquement, offrent un vrai cadre pour l’action
politique. Des lois comme celles sur la présomption d’innocence, sur le droit à un logement opposable ou la loi sur la réduction du temps de travail montrent un horizon politique.
Cependant, aucune réflexion politique globale n’a été initiée à ce stade. Au niveau français comme au niveau international, des experts compétents mènent une réflexion poussée sur ces questions
qui devraient nourrir le débat public plutôt que d’être méprisés par les gouvernements.
Le concept de dignité humaine
Concrètement, ne pourrait-on pas créer un ministère des Droits de l’homme et des commissions des Droits de l’homme dans chacune des assemblées ?
Une telle décision serait un excellent point de départ pour évaluer la situation actuelle et initier un débat public constructif sur un projet de société. Car la société dans son ensemble doit se
réapproprier le concept de dignité humaine. Chacun d’entre nous doit reprendre conscience de celle-ci, ainsi que des potentialités (qui doivent être garanties sous la forme de droits) et
responsabilités qui y sont attachées.
Le Gouvernement actuel n’a choisi de se servir des Droits de l’homme que comme d’un slogan afin de mieux masquer son mépris pour ceux-ci, comme l’illustre encore la récente proposition de réforme
de la procédure pénale. L’opposition est aujourd’hui dans la rue avec des associations heureusement dynamiques, à défaut d’être incarnée à l’Assemblée nationale par un Parti socialiste à la
recherche d’un second souffle.
Pour consacrer un véritable nouveau départ, plutôt que de diviser pour régner, envisageons donc cette possibilité avec le plus grand sérieux, car pour le moment, la politique et les droits de
l’Homme c'est plutôt l’amnésie généralisée !
François Togis
Mars 2009 © Le Chroniqueur
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