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 "Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"

Albert Londres 


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Les professiormels libéraux, pour remplir leur mission de Service au Public sont dotés d’une extraordinaire capacité d’adaptation aux impératifs qui leur sont imposés par le marché, via les règlements nationaux et les directives européennes; mais leurs multiples organisations ordinales, associatives, syndicales et intersyndicales censées les défendre se révèlent inadaptées à assurer la promotion globale de leurs activités.

D’ailleurs qui aujourd’hui fait confiance à une organisation syndicale pour rendre serein son exercice professionnel ?

La sanction guette l’impétueux

Certaines petites professions libérales de quelques centaines de membres ne disposent même pas d’organisations syndicales. Seules quelques grandes professions organisées disposent d’Ordres professionnels, mais dont les prérogatives règlementaires élastiques sont aux antipodes de la promotion entrepreneuriale, c’est le moins que l’on puisse écrire l

Talent et réussite individuelle sont très mal vécus par les Ordres. Une carrière atypique, une voie novatrice, une activité professionnelle ou para-professionnelle médiatisée, donc une tête qui dépasse du rang, sont présumées suspectes et la sanction guette l’impétueux.

Rebelles à la modernité

Les Ordres, assis sur leur légitimité, figés dans le formol, accrochés à leurs prérogatives, rebelles à la modernité, tirent aussi à boulets rouges sur les idées réformistes, sur tout ce qui pourrait présenter pour eux une concurrence, et rejettent à priori l’idée d’une organisation "supra-professionnelle", une Maison Commune, même présentée comme promotionnelle pour leurs affiliés.

L’économie française gagnerait pourtant beaucoup à susciter la naissance d’une maison commune, à l’instar des autres professions indépendantes, qui elles, disposent depuis longtemps des outils de promotion adéquats, via les Chambres Consulaires, qui par ailleurs auraient grand besoin d’un coup de lifting libéral pour gommer un certain embonpoint technocratique.

La valorisation globale du secteur libéral est embryonnaire en France et l’Etat, déjà bien peu motivé sur le sujet, n’a pas à sa disposition d’interlocuteur organisé pour en débattre.

Reste des mesures quelquefois excellentes

Comme les récentes dispositions sur l’auto-entreprise, trop discrètement décrétées par Hervé Novelli, conduisant à une grande simplification des démarches et de la fiscalité pour les nouveaux petits entrepreneurs individuels.

Elles permettent par exemple à un fonctionnaire de devenir à ses heures perdues, un professionnel libéral ou un commerçant pour pratiquer une autre activité rémunérée !

Ces dispositions constituent une avancée très forte vers un libéralisme "de proximité" essentiel pour moderniser le pays et contribuer à lui ôter quelque peu ses redoutables scories bureaucratiques.

Tout citoyen peut désormais développer une activité indépendante avec une grande facilité. Mais les freins au développement économique en France restent encore bien serrés.

Pour les Professions Libérales, l’empilement d’une dizaine d’Ordres professionnels et de plusieurs centaines de syndicats catégoriels pour quelques 200 professions grandes et petites, lesquels courant en permanence après une "représentativité" électorale (RSI, Prud’homales, Caisses de retraite. . .) au détriment d’une image unitaire, entretiennent un savant désordre.

L’Etat n’est pas encore mûr

Mais l’Etat souhaite-t-il vraiment un interlocuteur libéral unique et organisé, représentant l’ensemble des 650 000 professionnels libéraux ainsi que tous les "occasionnels" qui vont apparaitre grâce aux mesures novatrices précitées, tant ce savant désordre lui permet facilement de jouer les uns contre les autres quand bon lui semble?!

Mon expérience de responsable d’une Intersyndicale nationale qui m’a amené à côtoyer nombre de décideurs politiques, y compris ceux qui se revendiquent haut et fort libéraux, m’a malheureusement maintes fois montré qu’il fallait répondre par la négative.

L’Etat n’est pas encore mûr, tout simplement parce qu’il craint cette élite, ces "professions intellectuelles supérieures" selon l’[NSEE. Il sait que ces professions sont indispensables et constituent un secteur économique de premier plan, mais il pense aussi que des professions moins divisées et plus puissantes pourraient devenir un contre-pouvoir, propre à contester bruyamment certaines orientations sociales, politiques, économiques ou culturelles plus ou moins démagogiques.

Interlocuteur obligé

L’Enarchie est encore très loin de vouloir concéder un partage du Pouvoir avec des Intellos de profession, fussent—ils animés par la Chose Publique. L’Etat, qui administre et gouverne, à tous les échelons du pays, à coups de petites et de grosses subventions, à coup de petites et de larges mesures fiscales, ne regarde-t-il pas les professionnels libéraux comme des empêcheurs de niveler les diverses couches socio- professionnelles !

Par ailleurs, il est affligeant de constater que ce vaste secteur libéral ne dispose, comme organisme d’aide à l’installation, comme interlocuteur obligé, comme "Centre de Formalités des Entreprises", que des URSSAF !! Un jeune en formation ou un chômeur entreprenant qui souhaite "embrasser" une carrière libérale est automatiquement guidé par les agences départementales de l’emploi auprès des URSSAF pour obtenir les premiers conseils à l’installation . . .

c’est une de leurs prérogatives. Le jeune boulanger (commerçant) désireux de s’installer sera dirigé vers une chambre des métiers, mais le jeune architecte d’intérieur (libéral) sera dirigé vers les URSSAF !!

Les forts complaisants syndicats des professionnels libéraux ne s’en offusquent à peine, tant ces viles préoccupations sont éloignées de leur quotidien, tant ils sont largement occupés à conforter leur "représentativité", sésame obligé pour l’obtention de fonds de formation forts lucratifs pour contribuer à indemniser leurs élus

Légiférer

La création d’une Maison Commune, l’installation de véritables Chambres Interprofessionnelles des Professions Libérales, autofinancées par les libéraux de profession, constituerait pourtant un formidable atout pour développer ce secteur, qui rappelons-le une nouvelle fois, constitue près de 25% des entreprises françaises, mais trop petites, sans réels moyens de développement et souvent sans personnel, contrairement à beaucoup de leurs cousines Anglo-Saxonnes, largement décomplexées vis-à-vis des règles économiques entrepreneuriales.

Il faudrait en France une loi, qui autoriserait ainsi les libéraux de profession à se doter d’un grand organisme indépendant, apte à assurer leur promotion, leur développement, en même temps que l’essor économique général, moyennant une modeste contribution fiscalement déductible. Mais ce genre de loi ne trouve que bien peu de défenseurs.

Légiférer sur la pub télévisuelle ne pose pas de problèmes mais en revanche, légiférer pour doter 650 000 TPE (très petites entreprises) d’une entité propre à conforter l’essor économique ne paraît pas politiquement correct dans notre doux pays plus façonné pour le tourisme que pour les success stories.

Alors à quand le nouveau ticket à gratter chez le buraliste pour financer l’entreprise individuelle ...?

À suivre. ..

Docteur Bernard BROUSTINE

Mars 2009 © Le Chroniqueur

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