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 "Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"

Albert Londres 


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La triste note de la mort a raisonné hier à Los Angeles ; du monde entier elle a été entendue et je suppose que beaucoup de pères comme moi ont dû consoler les larmes de leurs fils ou filles. Mickaël Jackson a fait le dernier pas glissé vers l’éternité.

Le gamin qui à l’âge de 5 ans, déjà, chantait et dansait, aura été toute sa vie l’enfant des premières notes gagnées à l’école du rythme. Toute une vie torturée par la folie d’être un être autre que lui-même, un noir à la recherche du blanc, danseur sur des chorégraphies mimétiques, saccadées comme le monde moderne, copiant les ressorts d’une génération gestuelle, auteur, compositeur, poète, il est mort, et la chose paraît irréelle comme la fin d’une musique qui s’associe de trop près à nos vies. Madonna n’arrête pas de pleurer et la foule s’assemble stupéfaite et accablée, un peu partout dans le monde pour célébrer la star universelle. Le roi de la pop est mort et nul ne peut crier vive le roi…  Internet se transforme en chapelle ardente numérique et les pleurs coulent le long de la toile. L’enfant prodige que son père appelait « gros nez » était devenu une sorte d’adulte maudit faisant peur aux tous petits qu’on l’accusait de trop aimer. Que de souffrances dans cette vie habitée par les démons du génie : changement d’apparences, vie excentrique, pâleur incertaine, masque noir d’un zorro qui se cacherait des microbes, chirurgie esthétique pour faire un pied de nez à l’enfance de « gros nez ». Sur les planches du siècle, il aura fait danser et chanter le monde entier, premier noir musical à connaître un tel succès.

D’où vient cette émotion ? Au-delà de tout ce que l’on peut imaginer, elle vient à coup sûr, que ce simple fait que des milliards de vies dans les instants les plus sensibles de leurs existences, ceux-ci une fois passés, peuvent les retrouver dans l’éternité d’une musique, d’une chanson, d’un rythme qui les perpétuent.

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