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"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
"Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"
Le mardi 1février 2011, jour de la manifestation « du million » sur la place Tahir, en Égypte révoltée, un dangereux animal français, sorti de sa réserve, brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Casse- toi, pauvre con ! » L’animal échappé de sa réserve était professeur au lycée français du Caire ; il est marié à une Égyptienne et père de deux enfants ; il est ému par lesvieilles souffrances du peuple des papyrus. Un photographe de l’ambassade, la France vieille, le prend en photo. Le cliché provoque un déclic d’indignation dans les fauteuils planqués du Quai d’Orsay où l’on ne rigole pas avec l’obligation de réserve, comme le prouve l’attitude exemplaire en ce domaine de notre ministre des transports diplomatiques et de notre premier ministre affilié à air gratis- pharaon ! Le 4 février, le professeur est convoqué à l’ambassade. Le lendemain, il est rapatrié à Paris, puni d’un blâme, laissant derrière lui femmes et enfants pour crime de manquement à l’obligation de réserve imposée à un « agent de l’État français » ;comme quoi, on sait être Sévère chez MAM sur les principes…pour les autres ! La faute de ce professeur, anonyme sous sa pancarte, n’est pas forcément d’avoir manifesté dans une houle d’hommes et de femmes portés vers la liberté. Sa faute, pour les ramollos diplomatiques, qui ne voient pas venir les révolutions, mais voient venir une pancarte, c’est le crime d’ostentation jouissive de l’emploi d’une phrase présidentielle éructée lors du salon de l’agriculture en 2008, le fameux et désormais merdiquement historique : « Casse - toi, pauvre con ! » Citer le président de la République pour dire à Moubarak, l’ami encore à ce moment-là, des dorures françaises, de foutre le camp, c’était un détournement inacceptable du sens « historique » d’une déjection adressée à un « pauvre con » de Français, mais qui ne pouvait, en aucun cas,viser un vieux dictateur,hôtelier et voyagiste à ses heures charmantes. C’est la phrase, son rappel, son usage, son ostension rigolote, qui vaut ses ennuis au prof à pancarte, qui l’identifie, qui le signale a l’œil du photographe policier de l’ambassade des voyeurs qui ne voient rien. Dans le contexte pourri d’aujourd’hui il faut oserpunir un prof qui a eu le mérite d’associer la France, malgré elle, malgré sa diplomatie, sa veulerie, sa myopie, à la marche d’un peuple vers la liberté en brandissant au bout d’une pancarte une racaillerie de recoin de banlieue qui, d’un coup, aurait pu prendre un air de noblesse, par l’ondoiement accidentel pour elle, d’une révolution. Non, « Casse — toi, pauvre con », est resté, « Casse – toi, pauvre con » ! Oui, n’est pas Cambronne qui veut…
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