Mon Dieu que le pouvoir est fragile ! Il suffit d’un voyage aux frais d’un dictateur, pas encore homologué par les bonnes consciences rétroactives, pour qu’un premier ministre, hier encore
irréprochable, essuie sur son pare-brise officiel une tempête médiatique et ironique, qu’on hurle à sa démission… Le sphinx mitterrandien qui passait son farniente pharaonien aux pieds des
pyramides doit se marrer d’un sourire fin et énigmatique. Cette pratique dure depuis des années républicaines. On n’y trouvait rien à redire, comme le rappel, un autre sphinx, Robert Badinter. Que
tous les voyageurs innocents lèvent leur billet, quelle que soit leur mission ! Toute cette histoire de vols volés exprime une autre réalité : on en a marre d’un pouvoir, quel qu’il soit, qui ne
permet plus rien au commun des mortels, ni de fumer, ni de boire, ni de payer en retard les multiples taxes, ni de se garer, faute de mieux, n’importe où, ni de traverser en dehors des clous, ni
d’être pauvre, malade, ni de se voir exonérer par l’intelligence des situations d’une contravention inutile, mais rentable, ni de subir les extravagantes vexations des administrations obtuses, ni
de n’être jamais entendu dans les plaintes judiciaires, sécuritaires, économiques, identitaires. À créer trop de frustrations, on provoque cette réaction compréhensible devant les avantages
exorbitants, mais habituels des hommes de pouvoir. On va vers une demande d’abolition des privilèges d’une caste qui s’accorde ce qu’elle refuse ! Comment faire comprendre au Français moyen, qui
n’est moyen que par ses ressources, qui paye ses vacances à crédit, qu’il doit accepter qu’un ministre monnaye son titre en prébendes voyageuses ? La punition présidentielle vient de tomber : les
ministres, désormais, seront interdits de séjour, pendant les vacances, à l’étranger…
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