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 "Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie"

Albert Londres 


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    3 femmes et quatorze enfants sont morts dans l’incendie de l’immeuble délabré du boulevard Vincent Auriol, en août 2005 ; galetas où notre société avait enfourné ces familles avec sa bonne conscience accueillante. À l’époque, comme toujours, l’émotion avait été à son comble, et chacun y était allé de son couplet chrysanthème, fleurs de rhétoriquevite fanées, achetées pour pas cher à la boutique du bon cœur. L’important étant de pouvoir déclarer qu’on est accueillant, même si l’accueil entasse misère sur misère, désordre sur désordre, malheur sur malheur. Le procès a commencé le 9 mars 2011, après six années d’attente, en elles-mêmes scandaleuses. Dans la salle d’audience, que des pauvres venus d’Afrique. Voyons dans le concret, comment la France anti raciste,  donneuse de leçons de morale xénophile, égalitaire, prompte à renvoyer devant le tribunal tout excès de langage, a, par justice interposée, traité les victimes : l’audience commence dans une salle trop petite où les familles, debout, s’entassent. Deux demi-journées d’audience seulement ont été prévues pour évoquer un drame dans lequel périrent 17 victimes… L’affaire Zemmour, certes autrement grave, a duré trois jours. On prend plus de temps pour juger un supposé raciste qu’on n’en accorde à des « noirs » qui réclament justice. Comprenne qui pourra… Dans la salle, le micro de la présidente ne fonctionne pas, ce qui ne l’empêche pas d’ânonner pour elle-même, pendant deux heures, l’ordonnance de renvoi, indifférente au public qui n’entend rien. Le lendemain, le procès se déplace dans une salle plus grande, mais le micro ne fonctionne toujours pas. On déménage dans une autre salle. Notre justice foraine, erratique, se loge dans un autre prétoire où la pétaudière continue : on manque de chaises ! À16 h 30, les débats n’ont toujours pas repris… Les familles sur le quai de gare de la salle des pas perdus attendent que le train de la justice veuille bien passer. Fatiguées, humiliées, elles demandent le report de l’affaire afin d’être jugées dignement. Refus du tribunal ! L’autorité sans chaises et sans micro, quasiment sans domicile judiciaire fixe, exprime sa volonté. Les familles écœurées quittent la salle. Finalement, l’affaire sera renvoyée ! Une mère de cinq enfants brûlés vifs éclate : « Il n’y a aucune considération », le porte-parole des familles s’indigne, « On est traité comme du bétail » ! Pendant ce temps, la première chambre du tribunal correctionnel brille de toutes les 114 ampoules que la justice a changées pour illuminer le procès de Jacques Chirac. La justice, comme le Titanic, pratique la première et la deuxième classe. On juge une société et ses dirigeants à la manière dont ses institutions se comportent et non sur les palabres humanitaristes des politiciens professionnels du pathos compatissant. C’est la justice à deux vitesses. Les pauvres restent des pauvres. On a peu de temps pour eux !

 

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